13.09.2025
Le mont Moussa, ou mont Moïse, se situe dans la province d'Antioche, ancienne province d'Alep, près de la ville côtière méditerranéenne de Souédia. Six villages arméniens (Kebusiye, Vagif, Khdrbek, Yoghunoluk, Haji Habibli et Bitias) abritaient la montagne, comptant plus de six mille habitants.
Au printemps 1915, les Arméniens de Souédia apprirent la déportation des Arméniens des provinces voisines. Le 30 juillet 1915, la population arménienne de la région reçut l'ordre de quitter ses villages d'origine et de se préparer à la déportation. Plus de 4 000 personnes, principalement des femmes et des enfants, conscients de l'inéluctabilité de la mort, gravirent le mont Moussa dans l'espoir de trouver le salut et de se préparer à l'autodéfense. Un corps militaire spécial fut créé sous la direction d'Isaïe Yaghubyan. Il n'y avait que 600 soldats, avec des armes et des munitions limitées. Une série de bases de défense militaire et de fortifications furent établies à différents endroits de la montagne.
Les 7, 10 et 19 août, des troupes turques régulières (1 500 à 4 000 hommes) lancèrent plusieurs attaques contre les positions arméniennes du Musa Dagh, mais furent repoussées. Incapables de briser la résistance des habitants du Musa Dagh, les Turcs bloquèrent la montagne, tentant d'affamer les Arméniens. La situation des habitants du Musa Dagh devint de plus en plus difficile : la nourriture et les munitions s'épuisaient progressivement.
Dans l'espoir d'obtenir de l'aide, les chefs des forces d'autodéfense hissèrent deux drapeaux en drap sur le versant maritime de la montagne en guise de signal. L'un portait une croix rouge, l'autre l'inscription « Au secours, les chrétiens sont en danger ». Des feux furent allumés autour des drapeaux pour attirer l'attention des navires de passage. Le vice-amiral Louis Dartige du Fournet, commandant de la Flotte française de l'Est, risquant son futur service militaire et n'attendant pas l'ordre du gouvernement français, prit seul la décision de venir en aide aux Arméniens dans une lutte inégale. Grâce à cela, plus de 4 000 habitants du Moussa Dagh furent sauvés et transférés en Égypte, dans le camp de tentes de Port-Saïd.
110 ans après le génocide des Arméniens et la défense du Moussa Dagh, le 26 mai dernier, en signe de gratitude, une plaque commémorative à Louis Dartige du Fournet a été ajoutée au mur du Mémorial du génocide des Arméniens.
Photo : Évacuation des Arméniens du mont Moussa, septembre 1915, Musée-Institut du génocide des Arméniens
Séda Parsamyan
Responsable de l'organisation des expositions du Musée-Institut du génocide des Arméniens